Après les Assises de lutte contre l’antisémitisme et le dîner du CRIF, le constat est sans appel : l’antisémitisme n’a pas baissé. Au contraire, il a explosé. Sur les réseaux sociaux, la parole antisémite s’est totalement libérée, multipliant les discours de haine, alors même que les Français juifs attendent des actes concrets depuis 25 ans.
Loin des salons parisiens et de la cour de l’exécutif, la réalité du terrain est tout autre. Les discours officiels ne protègent pas ceux qui subissent cette haine au quotidien. Il semblerait que l’exécutif ait délégué cette lutte à des décideurs qui n’habitent même pas dans les quartiers où se concentrent les difficultés. Sans diagnostic réel, les décisions restent désespérément hors-sol.
Le quotidien de la base : insultes et menaces
Quand on sort de l’univers feutré des ministères, le quotidien des Français juifs est marqué par l’insécurité. Cela m’arrive d’aller dans les quartiers bourgeois, comme récemment au parc du Luxembourg : c’est un autre monde, la vie y est belle et paisible. Mais dans nos parcs et nos rues ordinaires, la réalité est bien différente.
Ce que nous vivons aujourd’hui n’est que la face émergée de l’iceberg. Combien d’actes restent passés sous silence ? Les agressions du quotidien se multiplient, n’importe où, simplement parce que des citoyens sont juifs ou identifiés comme tels :
- L’agression routière : David, un motard, a eu un différend avec un automobiliste qui lui est rentré dedans. Lorsque David a réagi, l’automobiliste lui a lancé : « Ici, on n’est pas à Jérusalem, ferme ta gueule ! »
- La menace dans les transports : Dans le métro, alors qu’un Français juif parlait de la communauté au téléphone, un individu s’est approché, lui a fait un doigt d’honneur, puis a mimé un tir à la mitraillette.
- Le harcèlement de rue : Au-delà de ces agressions, de nombreux Français juifs se font régulièrement insulter de « sale race » par de parfaits inconnus dans l’espace public.
Face à cela, le citoyen est pris au piège. Le Français juif n’est plus en sécurité et doit faire face à des individus qui n’ont souvent rien à perdre, alors que lui a tout à perdre s’il réagit.
De Deauville aux banlieues : l’histoire d’un angle mort
On l’a vu récemment à Deauville, où un homme a tenté de s’en prendre à la communauté juive. Le pompon ? Cet individu interpellé a été libéré tranquillement. Ce laxisme perçu nourrit un profond sentiment d’abandon qui ne date pas d’hier.
Au début, ce fléau a commencé dans une partie des banlieues, que de nombreuses familles juives ont dû quitter pour se déplacer par peur. À présent, la menace s’est étendue et touche même les zones considérées comme huppées. Pourtant, pendant des années, les Juifs d’une partie des banlieues n’ont pas été entendus, victimes du fameux « pas de vague ». Une attitude qui a longtemps été encouragée par certains notables pour s’aligner sur la position de l’exécutif, comme on a pu le reprocher à l’époque du gouvernement de Lionel Jospin.
Aujourd’hui, pour que les choses changent enfin, il est temps d’écouter la base, de regarder la vérité en face et d’agir concrètement. Le sursaut ne viendra pas d’en haut, il doit venir du terrain.
