Le piège de l’indignation sélective

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Facile de défendre la liberté d’expression quand elle bouscule les convictions du voisin. Le vrai test de cohérence, c’est de l’accepter lorsqu’elle touche à nos propres certitudes. On ne peut pas être « Charlie » à géométrie variable, selon ce qui nous arrange.

​C’est le paradoxe le plus confortable de notre époque : nous sommes tous les héros de la liberté d’expression lorsque le voisin se fait bousculer. On applaudit l’irrévérence, on invoque Voltaire, et on brandit le droit au blasphème ou la critique incisive comme un étendard de courage.

​Mais que se passe-t-il lorsque la flèche change de cible et vient égratigner nos idoles, nos combats ou nos dogmes les plus sacrés ?

​C’est précisément là, à la frontière de notre propre confort intellectuel, que se situe le véritable test de cohérence. Être « Charlie », ce n’est pas défendre ce qui nous fait rire ou ce qui nous arrange ; c’est accepter l’existence de ce qui nous choque, nous irrite, voire nous révolte.

​La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, certes, mais la liberté d’expression, elle, commence précisément là où les certitudes vacillent.

​Une liberté à géométrie variable n’est plus un droit fondamental : c’est un privilège que l’on s’accorde et qu’on refuse aux autres. Si notre tolérance s’arrête au seuil de nos propres convictions, alors nous ne défendons pas la liberté. Nous défendons simplement notre propre écho.

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